Le visiteur se rendant dans le Sundgau se posera certainement la question suivante: quelle est la "vraie" frontière du Sundgau ?
En dehors de l’organisation territoriale administrative qui regroupe l’arrondissement d'Altkirch et la commune de Bernwiller, les frontières du Sundgau varient en fonction du sujet abordé. Les limites sundgauviennes ne seront pas les mêmes si l'on aborde le thème historique, patrimonial ou linguistique. De ce fait, il est paradoxal pour un territoire tel que le Sundgau de ne pas posséder de « frontières » strictement définies. On parlera donc de « limites ».
Les limites historiques
En effet, historiquement les frontières du Sundgau sont définies par les différents baillages autrichiens des années 1500, reprenant les conquêtes du comté de Ferrette et regroupant ainsi une grande partie du Sud de l'Alsace et l'actuel Territoire de Belfort, de Delle à Ensisheim en passant par Saint-Louis.
Carte historique du Sundgau vers 1500. On remarque que les limites du Sundgau historiques étaient nettement plus hautes que celles du Sundgau géographique et culturel d’aujourd’hui. En outre, le Sundgau englobait Thann et remontait jusqu’aux portes de Brisach et Colmar. On constate également que le Sundgau francophone comprenait l’actuel territoire de Belfort.
Les limites culturelles
Cette étendue aussi grande du Sundgau laissa des traces notamment au point de vue du patrimoine où l’on retrouve les structures d’habitat et de voieries caractéristiques du Sundgau telles que les fermes à colombages sundgauviennes que l’on observe un peu partout dans le sud de l’Alsace et dans le territoire de Belfort. L'organisation des villages en « village-rue » ou « villages en étoile » est une caractéristique qu'on retrouve également partout dans le Sundgau. Par rapport aux limites du Pays du Sundgau définies par la loi LOADDT, ce dernier est agrandi à la haute vallée du Soultzbach (actuellement dans le canton de Masevaux), au territoire se trouvant entre le Rhin et l’arrondissement d'Altkirch, la partie orientale du Territoire de Belfort et quelques villages se trouvant au sud de Mulhouse, comme Didenheim et Zillisheim.
Carte du Sundgau par commune. Cette carte représente le Sundgau culturel alsacien. Ce n’est pas une carte montrant avec exactitude les limites du Sundgau mais des suppositions basées sur des sondages, des archives, et sur le bâti caractéristique du Sundgau. On constate que la partie est du Territoire de Belfort se situe dans le Sundgau. On peut tracer la limite occidentale du Sundgau par une ligne Roppe-Grandvillars. La limite Nord du Sundgau est caractérisé par la ligne Mortzwiller-Niffer. Les communes de la banlieue sud de Mulhouse telles que Zillisheim, Zimmersheim ou Bruebach se situent dans le Sundgau.
Les limites linguistiques
Avant 1870 le Territoire de Belfort faisait partie intégrante du département du Haut-Rhin. Il n’y avait donc pas de frontière définie au niveau cantonal, départemental et régional avant cette date. Néanmoins, la partie occidentale du Haut-Rhin est composée d'une population dont la langue et les noms des villages sont romans, contrairement à la partie sud-sud-est du Haut-Rhin où le parler et les noms des villages sont germaniques. Après 1870, lorsque le territoire autour de Belfort reste français, une partie romane du Haut-Rhin est annexée. Ainsi, les frontières linguistiques du Sundgau ne suivent pas exactement les frontières administratives. Mais le Sundgau du parler alémanique est plus mis en valeur que le Sundgau du parler roman. D’ailleurs, le Sundgau francophone du territoire de Belfort est plus ou moins laissé à l’abandon dans la conservation de la culture et du patrimoine.
Cartes par commune représentant le Sundgau linguistique. La première carte représente le Sundgau germanophone reprenant les limites nord de la carte culturelle. La limite linguistique occidentale ne laisse planer aucun doute sur sa netteté. Si l’on regarde les toponymes des communes, le Sundgau germanophones s’arrête sur une ligne Traubach-Manspach. Les communes romanes d’Alsace comme Montreux-Vieux et Valdieu-Lutran ont été annexées à l’Allemagne. Lors de l’Armistice de 1918, elles n’ont pas été incorporées dans le département francophone voisin. Les deux communes de Courtavon et Levoncourt dans le Sud du Sundgau ont un parler roman par proximité avec l’Ajoie suisse.